Les américains ne veulent plus de datacentres
Le Japon semble intéressé par de nouvelles implantations de centres de données en France, notamment en raison de la grande disponibilité de l’énergie fournie par les centrales nucléaires. Cette nouvelle a suscité l’engouement des techno-solutionnistes libéraux de l’Hexagone. Outre-Atlantique, ces derniers mois ont vu s’affirmer une tendance aux antipodes du rêve français. Les Américains s’opposent de plus en plus à la construction de nouveaux centres de données, une demande qui a explosé avec l’avènement de l’intelligence artificielle. Ce revirement de l’opinion publique terrifie littéralement les entreprises de la tech.
Le dernier sondage de Heatmap pro indique que 71 % des Américains seraient prêts à s’opposer à tout projet de datacentres à proximité de leur domicile, dont 55 % affirment une opposition forte. Cette opposition est d’autant plus marquée chez les jeunes (18-34 ans). Neuf mois plus tôt, ils étaient 43 % à plébisciter de nouvelles constructions. À Monterey Park, en Californie, 86 % de la population a voté pour une interdiction définitive de toute implantation.
Alors que les progrès de l’intelligence artificielle font de plus en plus souvent la une, les centres de données se sont implantés ici et là dans les zones rurales, entraînant avec eux une explosion de la facture électrique, une raréfaction de l’eau, une diminution de la qualité de l’air, une augmentation du niveau de pollution sonore et même une hausse de la température à proximité directe des bâtiments.
Seuls les centres de données d’intelligence artificielle ont consommé 1 billion de litres d’eau aux États-Unis en 2025, une consommation annuelle qui frôle celle de deux millions d’Américains. Chaque jour, cette industrie consomme 2 trillions de litres, soit l’équivalent de la quantité d’eau mise en bouteille chaque jour dans le monde. Ce qui accentue la pression hydrique sur des terres dont 63 % sont actuellement en proie à la sécheresse. Cette industrie monopolise aujourd’hui 1,5 % de la consommation électrique mondiale, mais c’est la perspective d’avenir qui est problématique, avec, en 2030, des prévisions qui tablent au minimum sur un doublement de la consommation, soit 945 térawatt-heures. Soit la consommation annuelle de trois États : le Pakistan, le Nigeria et le Bangladesh. Une énergie qui alimente aujourd’hui 650 millions de personnes. Quant à l’empreinte au sol, elle devrait atteindre 15 000 km2, soit neuf fois la taille de Londres. Une série de prévisions désastreuses pour l’empreinte carbone, et donc pour le climat.
Ce sentiment de rejet, qui a gagné la population, est d’autant plus exacerbé par les licenciements massifs récents, le gel des salaires, les intrusions de plus en plus marquées dans la vie privée et la mise en place de plans de surveillance de masse. À l’inflation, à l’envolée du prix du pétrole et à l’augmentation des polices d’assurances s’ajoutent, pour certains ménages, l’explosion de leurs charges en eau et en électricité.
En 2026, la moitié des centres de données qui devaient ouvrir cette année ont été soit annulés, soit reportés. Alors que les géants de l’intelligence artificielle sont engagés dans une véritable course, certains, comme Meta, sont réduits à construire des dizaines de chapiteaux dont certains peuvent dépasser 11 000 m2 et sont alimentés par des générateurs de 200 mégawatts. Ainsi, des circuits valant plusieurs milliards de dollars sont abrités sous de simples tentes.
Selon une récente étude de Cloudflare, les « bots » sont désormais plus nombreux à parcourir le Web que les humains, et les agents IA monopolisent 57 % du trafic Internet, contre 42 %. Les agents IA sont désormais omniprésents, de la recherche comparative de vols aériens à l’assistant personnel ; l’ogre insatiable dévore le Web. Le trafic de ces « bots » explose particulièrement sur le territoire de Gibraltar, où ils drainent plus de 92 % des requêtes, suivis par Singapour qui rivalise avec l’Iran (76 %).
Enfin, il y a l’énorme levier économique mis en œuvre par les États-Unis, qui dépensent des milliards de dollars pour conserver leur hégémonie, notamment face à la Chine. Un enjeu national dont les fonds privés sont alimentés par les fonds de pension, le secteur de l’assurance, etc. Des fonds de plus en plus colossaux qui alimentent les quelque 5 381 datacentres des États-Unis, soit douze fois plus qu’en Chine. Et au bout du chemin, une bulle économique qui ne demande qu’à exploser.
Source : Barchart.com, Unu.edu
